Rebuilding Tunisia - Reconstruire la Tunisie

Reconstruire la TUNISIE = Urgence + Gouvernance – Précipitation

     Un prix Nobel d’Economie américain (Edmund Phelps, Le Monde-26 mai 2011) rassemble toute son inspiration pour proposer à la Tunisie « révolutionnaire » l’application d’un « modèle  capitaliste de base 1.0 » fondé sur le libéralisme économique et l’initiative entrepreneuriale. Une recette qu’auraient appliquée avec succès les pays anglo-saxons au tournant du XIX° siècle pour développer un capitalisme « wébérien » orienté vers la libre-concurrence et l’investissement productif. On ignore si les conseils de Monsieur Phelps sont le fruit d’une longue réflexion sur l’évolution socioéconomique de la Tunisie depuis la colonisation française et les soixante ans de régime répressif qui ont abouti aux carences institutionnelles et structurelles de l’ère Ben Ali, ou bien le fruit d’un weekend de conférence dans un hôtel de Hammamet.

     La Tunisie aujourd’hui n’a plus de repère. Elle a moins besoin de conseils que d’un sursaut de citoyenneté pour transformer sa fragile révolution en reconstruction nationale. Et aucun plan Marshall assorti de milliards d’euros d’aide au développement ne remplacera l’exercice difficile de la démocratie qui rend l’exigence légitime mais l’impatience dangereuse. Le modèle économique basé sur le tourisme industriel, les exportations à faible valeur ajoutée vers l’Europe, et un déficit des comptes courants financé par des IDE peu créateur d’emplois, est à bout de souffle. Ce modèle a produit de la croissance sans développement, de l’éducation sans emploi, et des inégalités sociales insupportables.

    L’année 2011 sera à tous égards une année dangereuse : Année « double zéro » au plan économique, social, politique et institutionnel, rendue encore plus fragile par le report des élections de l’assemblée constituante. La Tunisie ne pourra être tirée par une Europe dont la croissance de moyenterme ne dépassera pas 2,5%. Elle ne pourra compter sur une reprise rapide et massive des IDE dans un contexte socio-politique volatile. Son tourisme n’est plus attractif que pour l’Europe de l’Est et grâce à un modèle de tarifs bradés qui méprise son patrimoine historique et culturel et qui minimise les revenus nets dans la balance des paiements.

     Que reste-t-il alors pour relancer la croissance ? La marge d’endettement extérieur est large car la Tunisie est peu et bien endettée avec un ratio de solvabilité de 50% du PIB ; elle peut augmenter ce taux de 8-10% (environ $5 milliards) à condition de bien canaliser ces flux de capitaux vers de l’investissement productif en termes d’emplois, d’exportations, et d’infrastructures socioéconomiques au centre et au sud du pays. Elle peut compter sur la bonne volonté de partenaires européens qui souhaitent compenser l’aveuglement complaisant d’hier avec de l’aide bilatérale et multilatérale. La Banque Mondiale tout comme la BEI et la BAD vont écourter les délais de déboursements pour soutenir une reprise dynamique.

     Mais la question-clé reste celle de la capacité institutionnelle à absorber ces flux tout en évitant l’écueil de la corruption et du populisme, qui ramènerait alors le pays aux heures sombres avec lesquelles il veut en finir ! La désorganisation des ministères, des gouvernorats et des municipalités et l’attentisme politique ne sont pas propices à une relance par l’investissement. Le chemin passe donc par une pédagogie rigoureuse du gouvernement de transition, et par un « audit public » présentant objectivement les enjeux socio-économiques et politiques du pays. La porte sera alors ouverte à des réformes en profondeur et de longue haleine pour promouvoir une bonne gouvernance et un développement durable dans l’éducation, le tourisme, le système bancaire, l’emploi… et pour réconcilier enfin les Tunisiens avec leur pays.

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